Alors, qu’en dites-vous Miss Miette (un petit lien vers le réquisitoire du pays des Merveilles, pour ceux qui n’ont pas suivi
)?
Chéri darling, chers jurés du pays des Merveilles, chère majesté la Reine de Coeur de ce merveilleux royaume des couples, merci de me donner la parole. Euh, oui, je veux bien un micro. Non, pas celui-là, il est mal réglé. Le son est trop fort. Ce n’est plus un son. Ni parole, ni musique. Que du bruit. Mamma mia. Aiiiiie Carrrrrrrrramba. Mais le bruit, vous savez, c’est, au minimum un son inopportun, de l’énergie acoustique audible pouvant être néfaste pour la santé. Le bruit, contrairement à ce que l’on croit souvent, n’est pas un simple désagrément à l’oreille. C’est bien pire. Ce sont des perturbations aléatoires de toutes sortes qui surgissent dans le canal de transmission et tendent à brouiller le message. Le bruit, c’est, en fait, un signal parasite qui dégrade l’information et empêche sa bonne communication. Une sorte de risque garanti d’ambiguïté et d’erreur à la réception. Bref. Donc, non pas ce micro-là. Vous n’y pensez pas. Comment voulez-vous que je me défende, avec un micro pareil ?
Ah oui, merci, celui-là, il est parfait. Sensible, il restitue fidèlement le son de ma voix, en l’amplifiant un tout petit peu, juste ce qu’il faut. Le niveau de bruit est minimum. Merci encore. C’est vraiment parfait.
Alors, euh, euh…
J’en dis que non, non, NON, je ne me reconnais décidément pas dans ce réquisitoire qui mine, et lamine. Castratrice, oui, bien sûr. Comme souvent les femmes qui n’ont peur ni de faire, ni de défaire. Ou, plus précisément, qui ont peur mais qui osent, qui font, et qui défont. Qui ne savent pas attendre, indéfiniment, mais qui savent ne pas tout garder, conserver, accumuler, dans la crainte de manquer. Non, elles n’ont pas peur de manquer. Elles prennent le risque de manquer, d’avoir moins, de ne pas avoir assez, peut-être même de ne pas avoir. C’est ce qui leur donne toujours, souvent, la force de rebondir, et de sourire. Oui, toujours, souvent, en même temps. Elles font une immense place, essaient, impatiemment, d’être patiente. Et s’impatientent devant cette place, immense, qui ne sait pas (n’ose pas ?) être investie. Par amour de la vie, de soi (oui, il n’y a rien de mal à être égoïste) et des autres. Ben oui, il faut d’abord être alignée, ancrée, bien dans ses baskets, converse(s), égoïstement et fermement centrée sur soi pour savoir s’ouvrir, offrir plutôt que donner, partager et accepter de choisir, construire, grandir, avec l’autre, avec les autres, avec toutes les altérités qui nous interpellent et nous contredisent, nous invitent à l’échange, au don désintéressé, et au contre don que pourtant l’on attend, souvent, et qui arrive, toujours. Perverse volonté d’anéantir, d’aplatir ? Tout ça m’a un ptit air d’Audiard. Vous vous souvenez ? “Moi quand on m’en fait trop, je correctionne plus, je dynamite. J’disperse. Je ventile” :
Intelligente ? Oui, non, peut-être. Et d’abord, est-ce vraiment grave docteur ? Mais destructrice ? No empathy ? No generosity ? (cela me rappelle, ne me demandez pas pourquoi, la première chanson du magnifique concert de musique sacrée de Duke Ellington). Non. Enfin, je ne crois pas. Je ne me vois point ainsi, et j’ai la prétention, oui, mesdames et messieurs, de croire également que non, l’on ne me voit pas ainsi. Pour peu que l’on me regarde, toutefois, sans préjugés ni a priori, et que l’on interagisse avec moi. Pour peu que l’on me fasse crédit (mais non, il n’est pas question d’argent, ici). Pour peu, ma foi, que l’on discute avec moi, que l’on échange, don et contre don, encore, toujours. Que l’on accepte mon altérité, et la contradiction, la fameuse, inhérente à toute discussion (pardon de me répéter, mais il paraît, selon de nombreuses sources bien informées, que la redondance est un remède efficace contre ce fameux bruit susmentionné). Je crois, oui, encore, que je ne souhaite pas en dire plus pour ma défense. Peut-être juste mentionner une jolie citation d’Albert Camus :
“Est-ce qu’on fait la nomenclature des charmes d’une femme très aimée ? Non, on l’aime en bloc, si j’ose dire, avec un ou deux attendrissements précis, qui touchent à une moue favorite ou à une façon de secouer la tête”
Quant aux sept jours… OUI, OUI, OUI. Bien sûr. Parce que l’aventure des fonds, profonds, ma foi, non. Pardon : non merci, sans façon.
Ben, c’est qu’en fait, moi, la mélancolie, je ne l’aime que chantée par Joe Dassin ou, éventuellement poétique, et au miroir, façon Starobinski. Et puis, aussi, faut que je vous dise, la nostalgie, ben moi, là, j’en veux pas non plus. C’est pas ma faute, hein, mais la nostalgie, aujourd’hui, précisément aujourd’hui, elle a un curieux arrière goût, dépressif, un peu sournois, un peu narquois. Vous savez, exactement comme lorsque le passé, péremptoire et omniprésent, impose sa passivité et procrastine directement dans le futur, sans passer par la case présent, le lâche qui se croit omniscient. Il a bien trop peur que l’appétit de vivre lui fasse la peau, le malaxe et lui trouve une jolie petite place à ce satané passé, empêcheur de tourner en rond, élu meilleur empêcheur de bonheur en 2011 par tous les habitants de ce pays merveilleux qu’est ce fameux royaume des Couples, même la Miette et Chéri Darling, même la toujours pas SeReine Reine de Coeur. Et pourtant… Si ce satané passé trouvait enfin Sa Place.Tout confort. Première classe. Mais qu’il est bêta de s’obstiner ainsi à ne pas essayer ! Quel gâchis. Pathétique. Bref. No Nostalgie. No more.
Oui, sept jours. Donnons nous sept jours. Pour trouver chacun sa voix, et pourquoi pas sa voie, je n’ai rien contre les homonymes, moi. Sept jours, surtout, pour trouver son clown à soi, au fond de soi, son joli clown malicieux, qu’il soit triste, ou gai, peu m’importe. Il faut juste le trouver, le choper, le faire exister, le nourrir de nos peurs, de nos heurs, de nos malheurs, de nos failles, qui se révèlent. C’est lui qui nous donnera notre lumière intérieure. Enfin, non, pas tout à fait. C’est lui qui nous permettra de régler l’intensité, à l’extérieur, de notre lumière intérieure ( Vous suivez encore ? J’en ai perdu combien, au passage ?).
Et oui, quelle bonne idée, j’ai emporté dans ma valise Julie (Cameron), et Matthieu (Ricard). Merveilleuses pages du matin. Difficile plaidoyer pour le bonheur. A méditer. Ah, l’art de la méditation. Oui, sept jours pour définir une méthode. MA mtéthode, rien qu’à moi, et m’y tenir.
Poser la distance, ne plus se perdre. Surtout ne plus laisser l’autre se perdre en soi. Fermer à double tour la porte de l’intime. Chien méchant. Interdit d’entrer. Pour l’instant.
Bilan d’appétences. Rires, et plaisirs. Oui, encore, oui, comme le dit Baruch (Spinoza), “Si vous voulez que la vie vous sourit, apportez lui d’abord votre bonne humeur”.
Allez, oui, décidément, le couple est une chose fascinante.
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